Drôle de défi qu’ont tenu à relever les éditions Delahaye (l’éditeur du célèbre illustrateur
du scoutisme Pierre Joubert) : publier de nos jours les œuvres pour la jeunesse d’un auteur
soviétique, Vladislav Krapivine. Pire, non seulement Krapivine écrivait pour la jeunesse, était
soviétique, mais aussi écrivait de la Science Fiction et de la Fantasy…
Mais Krapivine n’est pas n’importe qui. Immensément célèbre encore maintenant en Russie,
il est traduit en de très nombreuses langues, et seule la France semblait jusqu’ici l’ignorer.
Pourtant, il n’y a rien de plus périssable qu’une œuvre de littérature pour la jeunesse : des
romans sans téléphones portables, sans ordinateurs, sans télévision même sont-ils donc encore
recevables de nos jours ? La réponse est, à nos yeux, bien évidemment oui. Prenons l’exemple
du premier paru, Les enfants du flamant bleu, paru initialement en 1982 mais édité donc
par Delahaye en 2004, sous une traduction de François Doillon, Tatiana Movtchan et Julien
Tissen.
Génia est un petit garçon comme les autres. Agé de 11 ans, il passe son temps libre à jouer
au chevalier avec ses camarades, s’étant fabriqué pour l’occasion des armes en bois. Mais
voilà qu’un homme étrange lui fait croire qu’il le prend pour un véritable chevalier, et lui
demande de venir l’aider à débarrasser une île mystérieuse, Dvid, du dragon qui oppresse sa
population.
Après avoir hésité, Génia n’écoute que sa générosité et suit l’inconnu vers cette île invisible.
Il y découvre ainsi une société gérée par un gouverneur à l’apparence débonnaire, et qui
semble jouir de la paix et de la prospérité. Mais il se rend vite compte que cette situation de
bonheur apparent a un revers : aucun écart par rapport à l’ordre établi ne peut être toléré.
Ainsi, même les enfants ne peuvent rire trop fort ou jouer entre eux. Le stade de l’adolescence
a d’ailleurs totalement disparu, les enfants se transformant subitement en adultes accomplis.
Il faut dire qu’ils vivent tous sous la menace de ce fameux dragon, qui paraît-il, les punirait si
l’ordre venait à être modifié. Comme le dit le gouverneur : « Il faut bien tenir les enfants dans
la crainte, pour qu’ils ne se mettent pas dans la tête d’absurdes fantaisies. Autrement, qu’est-
ce qu’on aura ? D’abord ils vont sauter, courir et rigoler outre mesure, puis ils vont inventer
des jeux interdits, puis quelqu’un va trouver que l’île manque de nouveauté… Et à la fin,
quelqu’un pourrait avoir envie de changer cette vie… »
Génia va toutefois accepter de combattre le dragon. Mais le combat sera une mascarade : face
à l’immensité du monstre, le garçon effrayé prend la fuite ; il est capturé par les hommes du
gouverneur, et condamné à mort, pour l’exemple. Le tout était en fait soigneusement mis en
scène pour dissuader quiconque de se rebeller.
Pourtant Génia parviendra à s’enfuir de sa geôle, puis il rejoindra un groupe d’enfants, mené
par un adolescent, tous échappés des orphelinats de l’île et souhaitant vivre à l’écart de cet
ordre établi qu’ils jugent trop strict et cruel.
Vladislav Krapivine, dans ce roman qui se lit d’une traite, produit là une belle ode à l’enfance,
et surtout au passage à l’adolescence. Il remanie des éléments bien connus de contes
populaires (le dragon oppresseur, l’aide fantastique d’un oiseau merveilleux, l’île invisible),
mais il s’en sert pour adresser des conseils à ses lecteurs, conseils dont le plus important
est tout simplement : jouissez de votre libre-arbitre. Les adultes ne sont pas toujours les
mieux placés pour vous dire ce qui est bon pour vous, et la société des dits adultes n’est
pas nécessairement parfaite. Il ne pousse cependant pas les enfants à la rébellion (même si,
dans ce cas précis, Génia et les autres sont amenés à se rebeller), mais bien à réfléchir sur le
modèle de société qu’on, leur propose, et de ne pas hésiter à le refuser.
C’est là une réflexion surprenante, pour un roman publié en 1983 dans une Union soviétique
dont la société est alors plus sclérosée et moraliste que jamais. Mais cette réflexion est bien
intemporelle, et en cela, cette traduction, même tardive, est donc particulièrement bienvenue.
Le Pigeonnier dans la clairière jaune.
Critique de Patrice Lajoye – Russkaya Fantastika
11.09.2011
Commençons ce compte-rendu par une critique : non le roman-trilogie Le Pigeonnier dans
la clairière jaune (Голубятння на желтой поляне) de Vladislav Krapivine n’est pas,
contrairement à ce qu’affirme son éditeur français en 4ème de couverture, une trilogie d’heroic
fantasy : cette œuvre est bien de la science-fiction, et si l’on y trouve bien un peu de magie,
il s’agit de la magie de l’enfance. Mais passons sur ce détail, pour saluer la démarche des
toutes jeunes éditions Delahaye, qui, depuis 2006, nous offrent à lire cette grande œuvre de
la science-fiction russe. Trois tomes donc, parus respectivement en 2006, 2007 et 2011. Par
chance, les deux premiers tomes peuvent se lire indépendamment.
Dans le futur lointain du Pigeonnier de Villenoix (Голубятня в Орехове), Iaroslav Rodine,
alias Iar, est un cosmonaute chevronné. Il a passé la plus grande partie de sa vie dans l’espace,
à explorer des mondes qui se sont révélés vides, soit qu’ils n’aient jamais été peuplés, soit
que leur civilisation soit éteinte. Et ces longues années passées dans l’espace, du fait de vols
à des vitesses relativistes, se traduisent en siècles écoulés sur la Terre. Iar est seul ; il est
certain de ne plus pouvoir un jour revoir ses amis d’enfance. Seul donc, il accepte de prendre
un quart particulièrement long, souhaitant profiter de ce temps pour réfléchir. Et voilà que
subitement, dans la cabine, se trouve un petit garçon, Ignace, alias Iass (Ignatik, alias Tik
dans la version russe). Et ce garçon l’emmène comme par magie (en fait le simple pouvoir
de son imagination) sur un monde sobrement nommé la Planète. Un monde terriblement
semblable au nôtre, et à la fois profondément divergeant. Celui-ci se relève d’une guerre qui
a opposé les deux rives d’un fleuve. Et derrière cette guerre semblent se cacher des créatures
extraterrestres, que l’on a nommées « Ceux qui ordonnent ». Ces êtres, qui ne semblent pas
pouvoir se passer du chaos humain (quitte à la provoquer si nécessaire), et dont aucun adulte
ne veut reconnaître l’existence, ont banni de la vie quotidienne le chiffre cinq, qu’ils semblent
craindre. Et pourtant Iar va tout de suite intégrer le groupe d’amis formé par Iass et ses trois
camarades, formant ce chiffre cinq et défiant ainsi « Ceux qui ordonnent ».
Dans l’Etincelle vivante (en fait : Праздник лета в Старогорске, La Fête de l’été à
Starogorsk), Krapivine nous présente le postulat inverse. Nous sommes cette fois-ci sur
Terre, dans un futur qu’on ne peut déterminer, mais qui est peut-être celui du départ de
Rodine de la Terre. Helki est un garçon sans doute un brin timide, qu’un aîné, Iouri, a pris
sous son aile, « pour en faire un homme ». Tous deux, associés à Attila (Erema dans la
version originale), un robot fabriqué avec des pièces de rebut (un artifice brillant de la part
de Krapivine, qui lui évite d’inventer des technologies futuristes et donc vite démodables) et
devenu conscient suite à un coup sur la tête, et à Yannik (Yanka dans la version russe), un
petit violoniste qui fascine Iouri, ont leur repère dans un wagon abandonné, près d’une vieille
gare quasi désaffectée, un wagon qu’ils ont surnommé le Poulailler. Mais voilà qu’un jour,
un squatteur s’y est installé : Edouard (Gleb dans la version russe), un jeune homme qui se
prétend journaliste et qui semble venir d’un autre monde. De fait, sa carte professionnelle, pas
plus que l’argent qu’il a sur lui, ne sont vrais. Mais pourquoi Edouard est-il là ? Comment est-
il arrivé ? Et pourquoi donc un jour le robot Attila se met-il en tête de se fabriquer un fils qui
sera animé par une « étincelle vivante », étincelle magique que d’étranges créatures – « Ceux
qui ordonnent » ? – convoiteront ?
Il n’y a, présenté comme cela, aucun lien, en dehors de la structure, entre ces deux romans.
Dans les deux cas un homme, un adulte, tombe d’un monde à l’autre et se retrouve secouru
par un groupe d’enfants débrouillards. Chacun de leur côté vont tâcher de comprendre ce qui
leur est arrivé. Si Iar, en butte directe à « Ceux qui ordonnent », va tout de suite faire face
à des événements tragiques, Edouard, lui, pourra prendre son temps, s’installer, observer
intimement les relations qui existent entre les garçons qui l’entourent, et écrire sur eux. Mais
dans les deux cas, la menace de ces êtres qui semblent artificiels, plane. Il leur faut donc
réagir. Et dans les deux cas, lorsqu’ils seront amenés au bord du désespoir, ce sont les enfants
qui vont les ranimer, les refaire vivre.
Il est évidemment impossible de parler du tome 3 : il est celui qui, en à peine 200 pages, va
faire le lien entre les deux précédents romans, des liens qui, s’ils n’étaient pas évidents d’un
premier abord, vont se révéler inextricables.
Et une fois le livre refermé, il est aisé de comprendre pourquoi ce roman-trilogie de Krapivine
figure parmi les 15 romans préférés des lecteurs russes, étant donné que l’on a la certitude
d’avoir lu quelque chose de grand. Oui, Le Pigeonnier dans la clairière jaune est une œuvre
pour la jeunesse : ses héros sont des enfants, le vocabulaire et la structure narrative du texte ne
sont pas d’une grande complexité. Mais en même temps, Krapivine y use sans hésitation de
concepts hardis que les auteurs pour adultes n’engagent que rarement ensemble : exploration
spatiale avec effet relativiste, univers parallèles, développement d’une galaxie consciente,
boucle temporelle plus ou moins déviée, intelligence artificielle, etc., tout cela saupoudré d’un
brin de magie enfantine. Linéaire d’apparence, le récit de Krapivine est d’une complexité rare.
Mais l’auteur se contrefiche de cette complexité apparente, jouant du principe que ce que les
adultes ne peuvent (ou ne veulent) comprendre, les enfants, eux, y arrivent sans peine.
Car, pour bien faire, Krapivine s’avère être un fin psychologue. Sa description des enfants,
de leurs joies, de leurs angoisses, est d’une grande justesse. Le portrait d’Helki, petit garçon
complexé qui voudrait bien se faire une place et surtout désespère de devoir perdre l’unique
ami et mentor qu’il ait su se faire, est bouleversant. Krapivine n’hésite pas à aborder des
thèmes et sujets sensibles : mort, et même suicide. Le premier tome est ainsi d’une étonnante
noirceur. Et à côté de cela, on peut trouver des moments de toute beauté, qu’il s’agisse d’une
joie simple comme celle d’une baignade au soleil, ou d’instants de grâce comme lorsque
Yannik joue du violon avec les rayons de lune dans la vieille église du Capitaine. C’est cette
joie enfantine, toute simple et en même temps bouleversante, que « Ceux qui ordonnent »
ne peuvent combattre ; c’est cette joie qui les mettra en échec, d’une façon toute bête et en
même temps fantastique, dans un final (le troisième tome, Le Garçon et le lézard, Мальчик
и ящерка) en forme de feu d’artifice, mélange d’images splendides et d’émotions, toutes les
émotions : colère, tristesse, mélancolie, mais par-dessus tout bonheur d’un accomplissement,
d’une découverte ultime de soi-même.
Et c’est avec un soupir, avec un sourire émerveillé, que l’on tourne la dernière page de ce chef
d’œuvre.
Une critique de Russkaya Fantastika :
http://russkayafantastika.hautetfort.com/archive/2011/09/11/vladislav-krapivine-le-pigeonnier-dans-la-clairiere-jaune.html
Méchériakova Vinogradova. Vladislav Krapivine.
(1999)
Le romantisme est dans le sang des héros krapiviniens qui savent rêver, en
sentant l'appel des routes et des îles lointaines. Dans ses ouvrages, Krapivine a
créé le personnage facilement reconnaissable de l'adolescent : ses garçons sont
"rebelles, insurgés, défenseurs, combattants, romantiques". Ils se distinguent par
leur pureté morale, leur équité, leur profond respect d'eux-mêmes. Il n'importe
pas moins qu'ils soient énergiques dans l'affirmation de leur regard sur le monde,
dans leur attitude de vie, qu'ils soient capables d'Action, courageux et logiques.
Peut-être parce que les héros de Krapivine "se fourrent dans des histoires
variées", pour défendre leur honneur et sauver quelqu'un de la foudre.
L'univers du Grand Cristal créé par Krapivine est pour le moment unique à sa
manière (par son volume, par l'étude approfondie du détail, par l'homogénéité de
sa perception du monde) dans la littérature russe contemporaine pour la jeunesse.
Krapivine est l'un des auteurs paradoxaux de la littérature jeunesse actuelle.
Malgré sa renommée colossale, cet auteur est étonnamment peu étudié par la
critique sérieuse. L'écrivain lui-même est discret dans ses déclarations à propos
de sa propre conception créatrice et laisse la liberté d'interprétation de ses écrits
aux lecteurs, no comment.
Boris Tarakanov. Tout ce dont on se souvient a été.
(Cycle
autobiographique – 2001)
Le stock de personnages, de situations, de sujets et de réflexions chez Vladislav
Krapivine est littéralement inépuisable. On peut dire la même chose du stock de
bonté. Tous les mondes qu'il a créés apprennent à vivre, mais ils le font avec la
plus haute délicatesse. Le plus souvent, on a envie de vivre dans ces mondes,
même lorsque l'auteur ne néglige pas les assez cruelles vérités de la vie, mais il
dépeint le Bien simplement, subtilement, sans sentences moralisatrices ni mots
ronflants mais avec une quantité de détails significatifs.
La première prose de Krapivine comme l'actuelle est pénétrée d'une inspiration
puissante et poétique.
Le réalisme de l'approche des détails dont se compose précisément la vie a
toujours été le point fort de l'écrivain.
L'univers de Krapivine est incroyablement complexe et en même temps
extraordinairement proche pour sa compréhension : ses mondes parallèles et
innombrables, mais en même temps flexibles et compréhensibles.
Dmitri Baïkalov. Les noirs miroirs du Cristal.
(Sur le Grand Cristal –
2000)
Krapivine fait partie de ces rares auteurs qui peuvent influencer les lecteurs
immédiatement par le seul texte. L'état d'esprit peut être donné littéralement par
quelques phrases, une paire d'images ou d'associations, une chanson ou des vers,
intercalés dans le texte.
Dmitri Baïkalov. Les gens des mondes vivants
(Sur les Espaces
inhabités – 2000)
"Je n'ai jamais été tenté d'écrire du fantastique pour le fantastique. Chez moi le
fantastique apparaissait lorsque mes héros commençaient à se trouver à l'étroit
dans un espace habituel à trois dimensions. J'ai imaginé toutes sortes d'autres
mondes et planètes, pour élargir la scène de l'action pour les héros. Pour qu'ils
puissent se réaliser avec plus d'éclat et de totalité que dans les cadres de la vie
actuelle..."
D'une interview de Krapivine.
Alex Bor. Fidélité au sujet choisi
(Les trois premiers récits du Cristal,
Nouveau Journal de Tver – 1994)
Vladislav Krapivine est du nombre de ces écrivains pour lesquels de nouvelles
conditions de marché ne sonnent pas le début de la fin de leur activité créatrice.
De nouveaux récits de l'auteur apparaissent régulièrement dans les pages de
publications périodiques, des livres sortent. Voilà aussi que les Editions Nijkniga
de Nijni-Novgorod, qui éditent avec succès la science-fiction américaine (Paul
Anderson, Isaac Asimov, Henri Kattner, Robert Heinlein), ont décidé de réjouir
les admirateurs de Vladislav Krapivine en une nouvelle collection de ses œuvres
complètes, dans lesquelles doivent entrer de nouveaux ouvrages comme ceux qui
sont déjà largement connus.
Tous les récits du Grand Cristal, réunis en un livre, se lisent facilement,
passionnément. L'auteur a su construire le sujet, en alternant les déplacements
vertigineux dans l'espace et le temps, les poursuites et les fusillades, tout cela et
beaucoup d'autres choses tiennent le lecteur dans une tension permanente.
Et en même temps l'intrigue d'aventure tourbillonnante ne masque pas le
principal, l'écrivain s'efforce d'apporter à son lecteur une vérité simple comme le
monde : rien n'est plus précieux que la vie humaine et la vie d'un enfant, trois fois
plus précieuse, parce qu'un enfant c'est un être faible et sans défense. Même s'il
est maître de la téléportation, de la lévitation et de la télékinésie, et que se
déplacer d'un espace à l'autre lui est aussi simple que de se laver les dents.
Alex Bor. Cycle Dans la profondeur du Grand Cristal.
(Site bibl. Tver –
1994)
Vladislav Krapivine est un écrivain qui sait créer dans les pages de ses livres une
atmosphère extraordinaire. Ses œuvres, en premier lieu grâce à la maîtrise de
virtuose du langage se comprennent au niveau du subconscient, et, devant les
yeux du lecteur se dessine un grand tableau multicolore et enchanteur, écrit avec
des peintures vivantes. Les mondes fantastiques de Vladislav Krapivine
ressemblent beaucoup à la féerie romantique d'Alexandre Grine, par le sentiment
de paix, par la tonalité. Krapivine est bien connu des amateurs de fantastique
comme un maître dans la création des mondes irréels les plus subtils, dont
l'environnement est ordonné avec tant de soin que ces mondes semblent
réellement exister...
Vassili Vladimirski. Demandez l'impossible.
(Les Pelouses, Journal
indépendant – 2001)
Vladislav Pétrovitch Krapivine est l'un des rares auteurs sur lesquels se
rencontre le foyer d'attraction et des enfants et des adultes.
Vladislav Gontcharov. Deux images de la réalité.
(Sur Le pigeonnier,
Ozone, 1998)
Krapivine s'entend à créer une tension émotionnelle, à agir non avec la logique,
mais avec les sentiments du lecteur.
Vladimir Gorman.
(1983)
Dans le courant fantasy se développe l'œuvre de l'un des écrivains soviétiques de
science-fiction les plus importants et les plus intéressants, travaillant pour les
enfants, lauréat du prix du Komsomol Lénine, l'écrivain de Sverdlovsk Vladislav
Krapivine.
"Les enfants n'aiment pas ceux qui sont bien sages ni dans la vie, ni dans la
littérature. Ils aiment et croient en ces héros qu'ils peuvent prendre pour
copains." (phrase de Krapivine)
Loukiamenko Grichine. Le mousquetaire cherche la fée
(sur un recueil
de récits divers – 2001)
Bien entendu, déjà d'après les premiers récits on voit bien que nous avons devant
nous un auteur écrivant sur les enfants, d'ailleurs non seulement pour les enfants,
mais aussi, comme le faisaient Arkadi Gaïdar, Astrid Lindgren, Alan Miln,
Paméla Trevers, pour tous ceux chez lesquels reste toujours dans l'âme une partie
de leur enfance. Il s'agit, dans ses récits, non seulement de garçons et de filles, de
jeux et d'aventures, mais aussi de ce qui constitue l'essence même de l'enfance :
la conception du monde, l'amitié, les victoires sur soi-même. De la difficulté de
faire un pas, en surmontant sa peur, (Les étoiles ont une odeur d'absinthe), de
faire la paix avec un ami (Un instant de soleil), de sauvegarder la vérité avec son
épée (La sacoche) ou de se réjouir du conte d'autrui (La forteresse dans la ruelle).
On peut voir, dans les anciens récits de Vladislav Krapivine, encore deux thèmes,
deux grandes passions qui le suivent de livre en livre. C'est la passion de la mer
et la passion du ciel, les deux éléments les plus libres, les plus indociles et les plus
romantiques, faisant palpiter le cœur de n'importe quel garçon.
En outre, dans ces récits s'est formé définitivement le thème majeur de l'écrivain
qu'il suivra presque constamment au cours de sa vie : le thème de l'enfance. Dix
ans après, dans son interview à l'occasion de la remise du prix Aelita, l'écrivain
dira : "J'écrivais et j'ai l'intention d'écrire justement pour les enfants. Et sur les
enfants. Vous saisissez la nuance. A mon avis, ce qui est écrit sur les enfants doit
intéresser tout le monde. Les enfants, c'est notre avenir, c'est l'avenir du monde.
En montrant les relations des grandes personnes et des enfants, en construisant
des modèles artistiques enfants dans le monde des grandes personnes, grandes
personnes dans le monde des enfants, enfants et grandes personnes dans un
monde extraordinaire, on peut mettre en relief, rendre évidents, les problèmes les
plus importants". Encore un des éléments incontournables des ouvrages de
Krapivine, c'est l'amitié entre les enfants. Dès les plus anciens récits, il est dit à
ce sujet combien les enfants ont besoin d'amitié, comment ce sentiment rend les
enfants plus heureux, plus indépendants, plus assurés ; comment de façon
différente, chaque fois exceptionnellement, se nouent des liens amicaux entre les
enfants.
Tous les héros de Vladislav Petrovitch ont des traits communs, et notamment
ceux qu'on peut trouver chez les quatre amis du roman de Dumas connu de tous
depuis l'enfance. C'est peut-être pourquoi le nom de mousquetaires est resté aux
enfants des livres de Vladislav Krapivine (d'ailleurs, loin d'être resté simplement
à ceux où apparaissent des épées dans les pages). La pureté morale, l'équité, le
respect de soi-même, le courage devant le danger, bien que souvent les genoux
tremblent de peur à ce moment-là, l'empressement à protéger le faible, à venir en
aide à l'ami, et on peut prolonger la liste. Et chacun d'eux est capable, sans rejeter
sa responsabilité sur les épaules d'autrui, de prendre une décision et d'accomplir
une action qui, par la suite, exercera une influence sérieuse sur sa vie.
"Chacun des personnages principaux d'un livre doit accomplir une ou plusieurs
Actions qui dévoilent d'une nouvelle manière le caractère du personnage. Un
personnage qui n'accomplit pas d'Action est inintéressant", ainsi parlait un des
maîtres reconnus de la prose du siècle dernier, Vladimir Sanine. Vladislav
Krapivine suit ce principe dans une large mesure. Il n'a pas de héros
inintéressants.
Kleïner. Recension du livre Les Contes volants
(Littérature enfantine
1979)
Une envolée spirituelle et créatrice, une imagination poétique, un rêve élevé, voilà
ce que tendent à transmettre de génération en génération les livres de Vladislav
Krapivine.
L. Kolessova. Les héros de Vladislav Krapivine
( 1987 – Préface pour le
cycle Le Mousquetaire et la Fée).
En un quart de siècle de travaux dans la littérature jeunesse, Vladislav Petrovitch
Krapivine est devenu l'un des écrivains les plus aimés de l'enfance soviétique.
Chaque nouvelle rencontre avec ses livres promet aussi un nouveau plaisir.