VLADISLAV KRAPIVINE
AVIS DE L'EDITEUR

J'ai découvert Krapivine au hasard d'une rencontre au Salon du Livre de
Paris avec son traducteur, François Doillon.
En trente ans d’édition, j'ai dû lire un bon millier de manuscrits. Des chocs
littéraires ou émotionnels, j'en ai eu fort peu, et ils se comptent sur les
doigts d'une main. Ce fut le cas avec Les Enfants du flamant bleu, chef
d'oeuvre de fraîcheur et de poésie qui parle à la fois de merveilleux,
d'enfance et de la vie, en donnant l'impression de n'être qu'une simple
"histoire pour enfants", un peu comme St Exupéry le fait dans son Petit
prince.
A l'émotion succéda la surprise quand je découvris que Krapivine avait
écrit une centaine de romans et nouvelles, qu'il avait été traduit en 20
langues aux quatre coins du monde (mais pas en France !), qu'il avait été
adapté à la télévision et au cinéma, et, surtout, que ces Enfants n'était pas
un heureux accident, mais une simple pièce d'un immense puzzle, l'oeuvre
de Krapivine formant un univers gigantesque, complexe, organisé, avec des
correspondances d'un livre à l'autre, des héros qui circulent dans les Cycles
de cet univers, un peu comme dans la Comédie Humaine de Balzac.

Les romans que j'ai publiés depuis, dont L’Etincelle Vivante, confirment la
richesse et la diversité de cette oeuvre, et l'originalité du talent de Krapivine.
Cet auteur offre aux jeunes quelque chose de totalement nouveau : au
premier degré, on pense avoir affaire à une littérature d'aventure et de
découverte, dans un univers qui navigue subtilement entre littérature russe
classique, fantastique et fantasy. Mais en creusant, on découvre que ces
romans ne sont pas de simples récits d'aventures : Krapivine charme son
jeune lecteur par la fable, et il l'amène tout doucement à se frotter à des
problèmes existentiels - le lien à la mère, la tyrannie politique ou
administrative, l'immensité de l'univers, la relativité du Temps, l'existence
d'autres formes de vies dans l'Univers, l'injustice, etc. - et ainsi à réfléchir
sur la vie, la mort, l'enfance, la société, le tout sans avoir l'air "d'y toucher".
     
C'est nouveau, c'est riche, et cela mérite d’être proposé aux jeunes.